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Association Amicale des Anciens Internes en Médecine des Hôpitaux de Paris

Paul CHEVALIER

Le pionnier français de l'Hématologie

Quand Paul Chevalier, (1884-1960), obtient au lycée du Mans le Prix d’Honneur de Philosophie en 1892, il ne sait pas qu’il sera médecin. Selon ses dires, son père, contrôleur de l’enregistrement au Grand-Lucé, veut qu’il soit amiral, sa mère évêque ; on transige pour la profession d’avoué qui ne séduit pas ce bachelier. Sur les conseils d’un cousin déjà engagé dans la médecine à Paris il déclare, pour convaincre ses parents, “qu’il se sent irrésistiblement attiré vers l’art de guérir” et il gagne la capitale où il fera de brillantes études Il sera Interne des Hôpitaux de Paris en 1909 et docteur en médecine en 1913.

Au retour de la guerre, en 1919, il devient Chef de clinique-assistant à l’hôpital Saint-Louis. Alors qu’il a une formation de dermatologue, il se sent attiré par l’étude des maladies du sang. Quand il en informe le doyen Roger qui avait été l’un de ses maîtres d’internat, celui-ci lui répond : “vous allez crever de faim”. Nos connaissances dans ce domaine sont à l’époque très limitées mais Paul Chevallier pressent qu’il y a là matière à de fructueux travaux de recherche.

Nommé médecin des hôpitaux de Paris en 1927, Chef de service à l’hôpital Cochin, il y poursuit ses recherches fondées tout à la fois sur les sciences fondamentales, la pratique clinique et l’expérimentation animale. Celle-ci s’effectue dans une petite cabane de l’hôpital où règne, selon Jean Bernard (AIHP 1930), “une furieuse odeur de lapin”. Il passe à l’hôpital une grande partie de la journée à une époque où la notion de plein-temps hospitalier est totalement inconnue. Il est un précurseur dans ce domaine comme dans beaucoup d’autres. Ses recherches portent sur différentes formes d’anémie, sur les leucémies, la maladie de Hodgkin... En 1929 il est nommé professeur agrégé.

Médecin lieutenant-colonel en 1939, son engagement courageux lui vaut la croix de guerre au printemps 1940. Il quitte Cochin pour l’hôpital Broussais en 1941 et devient en 1948 professeur de clinique des maladies du sang, poursuit ses recherches, crée et développe l’enseignement de l’hématologie.

En 1927, avec son maître Paul-Émile Weil, il fonde la revue “le Sang” qu’il dirigera jusqu‘à sa mort. En 1931 il fonde la Société Française d’Hématologie dont il sera secrétaire général, président, président d’honneur. En 1954 il préside la Société Internationale d’Hématologie qui tient congrès à Paris. En fin de carrière, devenu l’un des patriarches de l’hématologie mondiale il reçoit en 1955 les acclamations des délégués de cinquante nations au congrès de Fribourg.

Alors qu’il vit une retraite paisible à Sainte-Geneviève des Bois depuis 1958, il accepte en novembre 1959 une mission d’enseignement à Meshed, Iran, où il meurt le 17 Juin 1960. Deux grands spécialistes français de l’hématologie ont été ses élèves : le professeur Jean Bernard et le professeur Georges Mathé (AIHP 1948).

Après le rappel de sa brillante carrière, je me dois d’ajouter quelques lignes sur l’homme que j’ai connu et qui fut mon maître. L’un de ses fils était mon compagnon de jeux quand il venait, dans les années trente, en vacances au Grand-Lucé ; j’habitais moi-même Villaines sous Lucé. J’ai donc connu, à cette époque, ce professeur Paul Chevalier dont le nom apparaissait chaque année sur le palmarès du lycée pour un prix offert par lui et décerné à un élève de terminale. C’est donc tout naturellement que je vins lui rendre visite et solliciter ses conseils, quand, en 1941, quittant Tours où j’avais commencé mes études médicales, je m’inscrivis à la faculté de Paris avec l’intention de préparer les concours hospitaliers. Nommé à l’externat, je remplis ces fonctions dans son service pendant une année durant laquelle j’ai pu bénéficier aussi de l’enseignement de Jean Bernard alors assistant.

En 1945 Paul Chevalier fut mon patron de thèse. Je revins chez lui comme interne en novembre 1947. Pendant ces dix-huit mois dans le service de Paul Chevalier j’eus le loisir d’apprécier le médecin et l’homme qu’il était. Indépendamment de sa rapidité d’esprit, sa qualité majeure était l’originalité. Il a toujours refusé les idées reçues, les dogmes officiels et souvent faux. C’est ainsi que dans certaines situations vues en garde nous avions l’ordre formel de ne pas appliquer les thérapeutiques habituelles qu’il jugeait sans bases scientifiques, inefficaces, voire dangereuses. L’évolution ultérieure de nos connaissances lui a très souvent donné raison. Il était très aimé de ses malades auxquels il consacrait beaucoup de temps ; il savait les écouter, longuement, considérant l’interrogatoire comme un temps essentiel de l’examen. Pour ses élèves, ses collaborateurs, il était exigeant mais juste et son enseignement nous fut très bénéfique.

Paul Cheva lier est né cinquante ans trop tôt. A l’ère du plein-temps hospitalo-universitaire et de l’INSERM sa contribution à l’hématologie aurait été prodigieuse.

Clément Claude Fauré (AIHP 1946)
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